CSSCT Centrale du 7 octobre 2026 : des réponses attendues et des inquiétudes persistantes

16 octobre 2026

La Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail Centrale (CSSCT-C) d’Adecco France s’est réunie le 7 octobre 2026. Cette réunion a permis d’aborder de nombreux sujets concernant la prévention des risques professionnels, l’accidentologie, les risques psychosociaux, le harcèlement et les conditions de travail des salariés permanents et intérimaires.

Pour la CFDT, au-delà des dispositifs présentés et des engagements affichés, une question demeure essentielle : les moyens réellement déployés sont-ils à la hauteur des difficultés rencontrées par les salariés sur le terrain ?

Les principaux points à l’ordre du jour

  • Actualités de la prévention : Stimulus/TELUS Health, SECUPREV et analyses de postes.
  • Mise à jour 2026 du Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).
  • Prévention routière et bilan des accidents.
  • Harcèlement moral, sexuel et agissements sexistes : signalements, enquêtes et médiation.
  • Accidents du travail des intérimaires et permanents, notamment sur les comptes TSC et Qapa.
  • Organisation du travail et formation des salariés de la TSC et du Delivery Central.
  • Conditions de travail à la DACO : surcharge, risques psychosociaux et moyens humains.
  • Arrêts de travail, climat social et prévention des risques psychosociaux.
  • Conséquences des incendies dans l’Ouest de la France.
  • Télétravail et hausse du prix des carburants.
  • Bilan des dispositifs d’accompagnement psychologique.

Accidents du travail : une accidentologie toujours préoccupante

Les données présentées par la direction font apparaître, à fin août 2026, 5 930 accidents du travail concernant les salariés intérimaires d’Adecco France, dont

  • 2 292 accidents sans arrêt ;
  • 3 636 accidents avec arrêt ;
  • 83 946 journées d’arrêt ;
  • un taux de fréquence de 37,74 et un taux de gravité de 0,87.

Sur le périmètre Delivery Central, 242 accidents du travail sont recensés, contre 142 sur le périmètre Qapa. Concernant les salariés permanents, la direction comptabilise 10 accidents du travail ou de trajet depuis le 1er janvier 2026. La direction précise que les accidents sont enregistrés au moyen des déclarations effectuées dans l’outil Déclic et affectés à l’établissement portant le contrat de travail.

Les analyses d’accidents impliquant les comptes centralisés sont réalisées avec l’appui des agences locales lorsque des investigations sur site sont nécessaires. La CFDT considère que la prévention doit rester une priorité absolue, y compris lorsque la gestion administrative des salariés est centralisée. L’éloignement géographique entre les équipes chargées de la gestion des contrats et les lieux réels de travail ne doit jamais entraîner une dégradation du suivi des risques professionnels.

Prévention routière : des résultats encourageants, mais une vigilance nécessaire

Le bilan présenté pour la période du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026 fait état de 214 déclarations responsables et de 91 % de débriefings après accident. Sur le périmètre global communiqué par Howden, les déclarations ont diminué de 15 %, passant de 325 à 277, soit 48 déclarations de moins. Les accidents surviennent majoritairement lors des manœuvres (54 %), contre 46 % en circulation. Les responsables d’agence ou de service représentent 46 % des salariés concernés, tandis que 42 % des personnes accidentées comptent moins de cinq années d’ancienneté. Ces résultats soulignent l’intérêt des actions de sensibilisation, notamment lors de l’intégration des nouveaux collaborateurs.

Pour la CFDT, la prévention routière doit également tenir compte des contraintes professionnelles : déplacements fréquents, fatigue, pression des objectifs et organisation des journées de travail.

Harcèlement moral et agissements sexistes : huit signalements recensés

Entre le 1er janvier et le 30 septembre 2026, Adecco France a enregistré :

  • 7 signalements pour harcèlement moral ;
  • 1 signalement pour harcèlement ou agissement sexiste.

Les représentants du personnel ont interrogé la direction sur les modalités de déclenchement des enquêtes et sur la place des référents harcèlement désignés parmi les élus. La réponse apportée indique que leur participation n’est pas systématique. Elle peut intervenir à la demande du salarié ou lorsque le signalement émane des représentants du personnel.

La direction annonce également la constitution d’une nouvelle promotion de 12 médiateurs au sein du Groupe, formés notamment à l’écoute, à l’impartialité et à la recherche de solutions concertées.

Pour la CFDT, la médiation ne saurait se substituer à une enquête rigoureuse lorsqu’une situation de harcèlement est signalée. La protection des salariés, la prévention des représailles et le traitement impartial des alertes doivent demeurer prioritaires. La CFDT restera particulièrement attentive à la place accordée aux représentants du personnel dans ces procédures.

DACO : des conditions de travail qui interrogent sérieusement

La situation des salariés de la DACO a occupé une place importante dans les questions adressées à la direction. Charge de travail, contraintes des clôtures de paie, interruptions répétées, délais contraints, renforts ponctuels et situations de détresse : autant de problématiques soulevées au regard de l’obligation de protection de la santé physique et mentale des salariés. Interrogée sur le respect de ses obligations légales, la direction affirme que l’organisation actuelle est construite et pilotée conformément aux principes de prévention. Elle indique que les risques psychosociaux sont évalués dans le cadre du DUERP et met en avant plusieurs dispositifs : suivi de l’activité, ajustement des processus, outils d’automatisation et accompagnement des collaborateurs.

Le projet E-VOLUTION est notamment présenté comme un levier d’amélioration de l’organisation et de l’efficacité collective. Mais lorsque les représentants du personnel interrogent la direction sur d’éventuels recrutements complémentaires, des renforts pérennes ou une révision des objectifs et des délais, aucun engagement chiffré ni calendrier précis n’est communiqué dans les réponses présentées.

La direction indique que les effectifs constituent un levier possible parmi d’autres, sans annoncer de mesure particulière. Pour la CFDT, il faut désormais passer des intentions aux actes. L’amélioration des processus et la digitalisation ne peuvent constituer, à elles seules, une réponse aux difficultés humaines et organisationnelles. Les salariés ne doivent pas être contraints de compenser durablement les insuffisances de l’organisation par une intensification de leur travail.

La CFDT demande une évaluation objective de la charge réelle, une prise en compte effective des remontées du terrain et des moyens adaptés aux contraintes de l’activité. La prévention des risques psychosociaux commence par une organisation du travail qui ne met pas les salariés en difficulté.

TSC et Delivery Central : formation et absentéisme sous surveillance

La direction a présenté les actions de formation à la prévention destinées aux collaborateurs du Delivery Central. En 2026, des formations PRP de niveau 1 ont été organisées, complétées par des ateliers en septembre auxquels 85 collaborateurs ont participé. Concernant l’absentéisme, les données communiquées font état de 30 salariés ayant connu au moins une journée d’arrêt maladie au cours du mois de septembre 2026, répartis comme suit :

  • 12 à Bruges ;
  • 8 à Cœur Défense ;
  • 8 à Adely ;
  • 2 à Marcq-en-Barœul.

La durée moyenne des arrêts est de 3,5 jours sur ce mois. L’ancienneté moyenne des salariés concernés par le périmètre étudié est indiquée à 2 ans et 9 mois. Ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un lien entre les arrêts maladie et les conditions de travail. Ils justifient néanmoins une attention particulière à l’organisation des activités, à la charge de travail et aux éventuelles difficultés exprimées par les équipes.

Arrêts de travail et risques psychosociaux : la direction ne confirme pas de hausse générale

Interrogée sur une éventuelle augmentation récente des arrêts de travail, hors maladies graves, la direction indique que les données disponibles ne permettent pas de confirmer une progression générale sur l’ensemble des sites et agences. Elle reconnaît toutefois l’existence de variations selon les périmètres, suivies par les équipes RH et managériales.

La direction rappelle que sa politique de prévention des risques psychosociaux repose notamment sur l’accord de 2022, le DUERP, l’Observatoire de santé et différents dispositifs d’accompagnement. Pour la CFDT, l’absence de confirmation statistique d’une hausse générale ne doit pas conduire à minimiser les difficultés rencontrées localement.

Chaque alerte doit être examinée avec sérieux. Les indicateurs globaux ne sauraient effacer les situations individuelles ou collectives de souffrance au travail.

DUERP : une nouvelle campagne de mise à jour

La campagne annuelle de mise à jour du Document unique d’évaluation des risques professionnels débutera en novembre et s’achèvera le 31 décembre 2026. Des supports méthodologiques et des outils de suivi seront mis à disposition.

SECUPREV : De nouvelles annexes de sécurité destinées aux analyses de postes ont également été présentées, notamment pour les activités du BTP et de la logistique.

La CFDT rappelle que le DUERP ne doit pas être considéré comme une simple formalité administrative. Il doit refléter fidèlement les risques auxquels les salariés sont exposés et déboucher sur des mesures concrètes de prévention. Les risques psychosociaux, la surcharge de travail et les évolutions organisationnelles doivent y trouver toute leur place.

Télétravail : aucune évolution envisagée malgré le coût du carburant

La possibilité d’accorder temporairement une journée supplémentaire de télétravail aux salariés permanents ne disposant pas d’un véhicule de fonction a été soulevée, compte tenu du prix des carburants. La réponse de la direction est sans ambiguïté : aucune modification des modalités actuelles n’est envisagée pour ce motif. Celles-ci demeurent régies par l’accord relatif au temps de travail.

La CFDT regrette l’absence d’ouverture sur une mesure temporaire qui aurait pu contribuer à limiter les dépenses de déplacement des salariés concernés, lorsque leurs fonctions permettent le télétravail.

Soutien psychologique : évolution du dispositif Stimulus

Le dispositif Stimulus est désormais intégré au groupe TELUS Health. La direction annonce un renforcement du nombre de psychologues cliniciens et une organisation distinguant la prise en charge initiale du suivi des dossiers. L’accès à la plateforme demeure inchangé. Un bilan quantitatif annuel doit être mis à disposition dans la BDESE avant la première réunion annuelle de la CSSCT centrale.

Pour la CFDT, l’existence de dispositifs d’écoute constitue un complément utile, mais ne dispense aucunement l’employeur d’agir sur les causes organisationnelles des risques psychosociaux.

Incendies dans l’Ouest : un suivi renvoyé aux instances locales

Les représentants du personnel ont demandé un bilan des mesures mises en place à la suite des incendies ayant touché l’Ouest de la France, ainsi que le nombre de salariés permanents et intérimaires accompagnés. La direction a indiqué que ce sujet était traité au sein des instances du périmètre Ouest, notamment le CSE d’établissement et la CSSCT d’établissement. Le support présenté ne communique pas de bilan chiffré des salariés accompagnés.

La CFDT exige des actes, pas seulement des engagements

Cette réunion de la CSSCT centrale illustre une nouvelle fois l’importance des questions de santé, de sécurité et de conditions de travail chez Adecco France. Si plusieurs dispositifs de prévention existent et si certaines actions sont engagées, les réponses apportées par la direction demeurent parfois générales, notamment lorsqu’il s’agit de la charge de travail, des effectifs ou de l’adaptation concrète des organisations.

Pour la CFDT, le dialogue social ne peut se limiter à présenter des procédures, des outils et des intentions. Il doit permettre d’identifier les difficultés, d’en traiter les causes et de mesurer les résultats des actions engagées.

Les transformations organisationnelles, les impératifs de productivité et les contraintes économiques ne doivent jamais prendre le pas sur la santé des salariés. La CFDT poursuivra son travail d’alerte, de vigilance et d’interpellation de la direction, avec une exigence constante : que chaque salarié, permanent comme intérimaire, puisse exercer son activité dans des conditions respectueuses de sa santé, de sa sécurité et de sa dignité. La santé au travail n’est pas une option. C’est une obligation pour l’employeur et une priorité pour la CFDT.

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