Dialogue social : où sont les priorités d’Adecco ?

9 octobre 2026

Un calendrier social décousu, des négociations laborieuses et des accords qui tardent à aboutir : depuis plusieurs mois, la CFDT multiplie les rappels et les relances auprès de la direction pour mener à leur terme des négociations engagées au premier semestre. Des réunions sont annulées, puis reprogrammées plusieurs mois plus tard. Des projets d’accord restent attendus pendant des semaines, parfois des mois, après les dernières séances de négociation. À force, une question s’impose : quelle place Adecco accorde-t-elle réellement au dialogue social ?

Le compte épargne temps des salariés intérimaires illustre cette situation. Comme nous l’avons rappelé dans un récent article https://cfdt-adecco.fr/cet-interimaire-des-ameliorations-attendues-et-une-situation-a-clarifier-depuis-le-30-juin/, l’accord d’entreprise a pris fin le 30 juin 2026. Nous sommes aujourd’hui le 9 octobre et, malgré les revendications transmises à la direction après l’examen du projet d’accord, nous restons dans le flou le plus total. Plus de trois mois après cette échéance, nous attendons toujours des réponses précises et une visibilité sur l’issue de cette négociation. Les salariés intérimaires méritent mieux qu’une attente sans perspective claire.

La négociation sur le statut des salariés en CDI intérimaire connaît, elle aussi, son lot de réunions annulées, décalées et reportées. Pourtant, les attentes sont réelles : reconnaissance de leur place dans l’entreprise, amélioration de leurs droits et accès aux avantages associés à leur statut. Ces salariés s’engagent durablement auprès d’Adecco. Ils sont en droit d’attendre que l’entreprise s’engage avec la même constance dans une négociation qui les concerne directement. À chaque report, les réponses s’éloignent et les améliorations attendues restent en suspens. La CFDT demande une reprise effective des échanges et un calendrier permettant enfin d’aboutir.

La lutte contre les discriminations semble également condamnée à patienter. L’accord précédent a pris fin en 2025 et aucun nouvel accord n’a été conclu à ce jour. Pour une entreprise dont le métier consiste à recruter, à accompagner les parcours professionnels et à mettre en relation les salariés avec les entreprises, cette situation est particulièrement préoccupante. L’égalité de traitement touche au cœur même de notre activité : l’accès à l’emploi, la rémunération, la formation, l’évolution professionnelle et les pratiques managériales.

L’absence d’un nouvel accord ne fait évidemment pas disparaître les obligations de l’employeur. Elle laisse cependant en suspens la définition d’engagements négociés, de moyens identifiés, d’objectifs mesurables et d’un suivi partagé avec les représentants des salariés. Comment prévenir efficacement les discriminations si l’on tarde à formaliser les actions, à préciser les responsabilités et à organiser l’évaluation des résultats ? Comment donner confiance aux salariés si les garanties supplémentaires attendues restent au stade de la négociation ?

Ce retard interroge également la cohérence des engagements sociétaux de l’entreprise. Diversité, inclusion, égalité des chances, responsabilité sociale : ces ambitions doivent se traduire dans les pratiques et dans les moyens consacrés à leur réalisation. Pour les salariés, leur crédibilité se mesure à la possibilité d’être entendus, de signaler une situation, d’obtenir une réponse et de bénéficier d’un traitement équitable.

Chez un acteur majeur des ressources humaines, l’exigence devrait être particulièrement forte. Adecco accompagne ses clients sur les enjeux d’emploi et de recrutement ; elle doit aussi pouvoir démontrer, en interne, la solidité de ses propres engagements. Laisser cette négociation s’enliser fragilise la confiance des salariés et creuse le décalage entre le discours de l’entreprise et la réalité vécue. Nous sommes donc fondés à demander si la lutte contre les discriminations bénéficie réellement de la priorité qu’elle mérite.

Du côté de la CFDT, chaque calendrier social reçu donne lieu à un travail de préparation. Nous constituons des équipes de négociation, nous confrontons les expériences du terrain et nous construisons nos revendications. Cette mobilisation demande du temps et de l’investissement, parce que nous mesurons la portée de ces accords : ils peuvent encadrer et faire évoluer les conditions de travail, la rémunération et les droits de l’ensemble des salariés d’Adecco.

Nous attendons de la direction le même sérieux. Une négociation exige une continuité, des documents transmis dans des délais utiles et des réponses argumentées aux propositions formulées. Lorsque les réunions s’espacent, que les projets tardent et que les relances deviennent indispensables pour obtenir une suite, c’est toute la crédibilité du dialogue social qui s’affaiblit. Les équipes syndicales s’organisent et travaillent ; elles doivent pouvoir compter sur un interlocuteur qui s’engage avec la même constance.

Pour une entreprise qui revendique sa place de leader mondial des services en ressources humaines, ce fonctionnement est difficilement compréhensible. Les accords sociaux peuvent valoriser l’image d’Adecco, mais leur valeur se mesure d’abord à leur contenu, à leur application et aux améliorations qu’ils apportent aux salariés. Vécue de l’intérieur, la réalité des négociations est aujourd’hui bien éloignée de cette ambition.

La CFDT demande un calendrier fiable, des échéances précises et des réponses permettant de conclure les négociations engagées. Le compte épargne temps des intérimaires, le statut des salariés en CDI intérimaire et la lutte contre les discriminations appellent des avancées concrètes. Nous continuerons à préparer, à proposer et à relancer, mais le dialogue social ne peut durablement reposer sur la seule persévérance des représentants des salariés. La direction doit prendre sa part : ses engagements sociaux et sociétaux l’obligent à donner enfin une traduction concrète à ses ambitions.

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