La CFDT Adecco souhaite alerter sur une réalité préoccupante : une grande majorité des cadres exprime un mal-être au travail. Derrière les indicateurs de performance et les discours stratégiques, ce sont des femmes et des hommes engagés qui, au quotidien, subissent une pression croissante, souvent en silence.

Un mal-être diffus mais bien réel

Les retours terrain sont sans équivoque. Peu de cadres se disent aujourd’hui pleinement épanouis dans leur travail. Beaucoup évoquent un malaise latent, d’autres décrivent des symptômes plus marqués liés à l’anxiété et à la pression professionnelle. Ces difficultés restent pourtant largement tues. La crainte d’être perçu comme fragile ou en difficulté empêche souvent la prise de parole, renforçant l’isolement.

Une perte de sens et d’autonomie

Les cadres, et en particulier les Directeurs d’Agence, font face à une contradiction majeure : ils portent la responsabilité des résultats sans disposer des marges de décision nécessaires. Chaque action semble conditionnée à une validation hiérarchique, à l’intervention de fonctions support, de pilotes ou à l’obtention de dérogations.

Ce fonctionnement engendre un sentiment de dépossession : on est responsable de tout, mais décisionnaire de rien. À cela s’ajoutent des injonctions paradoxales, qui désorientent et finissent par paralyser l’action plutôt que de la stimuler. Cette perte de repères impacte directement la santé mentale et l’engagement des équipes.

Une transformation stratégique mal accompagnée

La stratégie actuelle de la Direction, orientée vers une croissance dite « profitable », repose notamment sur le transfert des activités AN vers la TSC, et sur une réorientation des agences vers le HAN.

Sur le terrain, cette transformation est vécue comme insuffisamment pilotée. Chaque agence se retrouve à devoir construire seule sa feuille de route, sans cadre clair ni accompagnement structuré. Cette absence de vision opérationnelle renforce l’incertitude et la pression.

Des mécanismes financiers sources d’incompréhension

Plusieurs éléments financiers accentuent ce malaise :

. Le transfert de MBO apparaît aujourd’hui sous forme de subvention dans les EDG, sans visibilité sur sa pérennité ni possibilité de vérification claire des montants.

. Le chiffre d’affaires transféré ne semble plus couvrir les coûts, ce qui conduit mécaniquement à dégrader les comptes des agences.De nombreuses agences apparaissent ainsi en contribution négative, sans que cela reflète nécessairement leur performance réelle.

. Ce système donne le sentiment que les agences « fabriquent » artificiellement des résultats négatifs, ce qui alimente un climat d’injustice et d’incompréhension.

Une pression accrue et ses conséquences

La combinaison de ces facteurs – perte d’autonomie, injonctions contradictoires, transformation mal pilotée et indicateurs dégradés – génère une pression importante. Cette pression, loin d’être stimulante, devient délétère. Elle engendre un stress négatif, qui impacte la santé des cadres et, à terme, la performance collective.

Face à cette situation qui n’a que trop duré, la CFDT Adecco appelle à redonner de véritables marges de manœuvre aux cadres, à clarifier la stratégie et accompagner concrètement sa mise en œuvre, rendre les mécanismes financiers lisibles, transparents et équitables, reconnaître et prévenir les risques psychosociaux et réinstaller un climat de confiance et de dialogue.

 

Il est urgent de replacer l’humain au cœur des décisions. La performance durable ne peut se construire sans des conditions de travail respectueuses de celles et ceux qui la portent au quotidien.